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«Ferdinand travaille trop.»   
VTC   

Chaque pore de ma peau devine que le danger approche.
  Femme du mois dans Technikart


Dans son « Ferdinand et les Iconoclastes », elle s’engage contre l’aliénation du travail.

Valérie Tong Cuong, c’est le village global dans les nuages. Son quatrième roman, paru chez Grasset, mixe technologie et poésie. « Ferdinand et les Iconoclastes » raconte le parcours d’un workaholic qui rêve de libérer l’humanité du travail.

Pas une simple success story mais un livre sur le succès de l’humain à l’échelle de l’histoire. Sorte de martyr néomarxiste tendance Thierry Hermann, Ferdinand est un winner en affaires mais s’ennuie à mourir côté cœur. Et Valérie Tong Cuong lui fait ainsi porter tout le paradoxe de notre société contemporaine.

Facile ? Pas tant que ça. Le succès, selon elle, ce serait « d’arriver à faire réfléchir les gens ». Leur faire comprendre, notamment, que l’intelligence artificielle a déjà commencé à changer le monde. Que le travail ne rend pas libre. Et qu’il vaut mieux faire suer des machines plutôt que des hommes.

« Oui, ce livre a une vraie valeur pédagogique », estime-t-elle. Si Jeremy Rifkin a réfléchi aux mutations possibles du capitalisme et Maurice Dantec, aux robots intelligents, pourquoi pas une fiction qui vulgariserait leurs travaux ? C’est la question qui s’est posée chez Grasset en découvrant le projet.

Pourtant, Valérie a plusieurs gros défauts : elle est blonde, belle, mère de famille comblée, et elle fait de la musique (le groupe Quark) avec son mari Eric Tong Cuong, golden boy de la pub reconverti dans le music business. Elle ne court ni après la notoriété ni après le fric.

Mais ses attachées de presse successives ont toujours eu tendance à plus vouloir vendre au journaliste ce package trendy que l’écrivain elle –même. C’est dommage. Car l’écrivain Tong Cuong s’en tire mieux que bien. Ses trois précédents romans («Big», «Gabriel» et «Où je suis») démontraient une capacité à s’emparer de personnages inattendus : une grosse, un vieux, hors de tout académisme, qu’il soit classique ou trash.

Cette « femme de » se paie même le luxe d’expliquer que « ce bouquin, c’est tout sauf un coup de pub. La couverture a été réalisée par un collectif de copains et on a monté un site web sans en parler à mon éditeur avant qu’il soit en ligne ».

Aussi énervée au fond que réservée en surface, Valérie s’enflamme froidement : «tout le monde sent, ou pressent qu’on va dans le mur. La question que je me pose, moi, c’est : et après ? Des bulles pourries éclatent partout, j’espère maintenant que les ronds concentriques vont atteindre de plus en plus de gens.»

On commence à aimer ses métaphores marécageuses et surtout ses oxymorons : son sourire triste et sa gentillesse hargneuse, sa naïve lucidité. On se reprend. On défend l’idée que la révolution est un vieux rêve de bourgeois et qu’il est même un peu pervers de faire croire au lecteur qu’un grand de ce monde comme Ferdinand serait disposé à le changer ; Alors Valérie parle d’elle, au milieu de son salon aux boiseries brutes : une enfance banlieusarde et une jeunesse foireuse d’autodestruction forcenée. Le Coca light lui pique les yeux. « Eric m’a sauvé la vie », c’est tout. Les marmots déboulent, disent bonjour poliment, sautent sur le canapé. « Quand j’ai eu des enfants, j’ai enfin pu percevoir le monde qui m’entoure », explique-t-elle.

Pour revenir à la pub, attention à l’effet « Canada Dry » : souvent, un artiste ou une œuvre prétendument authentique se révèle n’être qu’un produit. Mais la réciproque est beaucoup plus rare. Avec Valérie Tong Cuong, tout à l’air savamment marketé mais la démarche est sincère et désintéressée. Ceci est bien une bière, avec des bulles mais pas franchement sucrée.

Pascal Bories.


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