Et si demain
on clonait les O.S. ?
C’est une jolie fille blonde qui partage
avec son mari et leurs trois enfants un dortoir
d’une école religieuse transformé
en loft beau-beau. Des disques, quelques centaines,
et des guitares, quelques spécimens vintage,
remplacent les petits lits à barreaux
et les missels du temps jadis.
Valérie Tong Cuong est une femme multiple :
chanteuse, romancière et mère
de famille. La voici à nouveau en chanteuse
très noire dans «Sombre
extase», le disque tendance trip-hop
qu’elle a concocté avec Quark,
le groupe prometteur de son mari.
La voici aussi avec «Ferdinand et les
iconoclastes», une fable efficace sur
le «struggle for life» et ses limites.
Un cadre sup accède à de très
hautes responsabilités au sein du géant
de la cosmétique Health, Beauty, Mind
and Body.
Ce bourreau affable dégraisse son personnel
plus efficacement encore que les crèmes
amincissantes dont il est le camelot en chef.
Les brouettes de stock-options et les brassées
de femmes en stock constituent le carburant
de cet apprenti aviateur à la tête
parfois dans les nuages.
Car Ferdinand le conquérant masque une
seconde peau, plus proche d’un Paul Lafargue
et son «droit à la paresse»
que celle d’un Terminator à la
Bill Gates. Son idée, qu’il va
tenter de mettre en pratique : remplacer
les «travailleurs» par des clones
créés à cet usage. Des
esclaves décérébrés
au turbin pendant que leur doubles se la couleront
douce ad vitam...
Scandale à la World Company, où
le travail est non seulement un droit mais un
devoir obligatoire ! L’iconoclaste
réussira-t-il cette révolution
du troisième type ? Pour notre Rosa
Luxembourg du farniente, les jeux sont faits :
1/ le monde est désormais dominé
par le pouvoir économique (au détriment
du politique et du social)
2/ Mais la fin du travail est inéluctable
(au bénéfice de l’activité
ludique et culturelle).
3/ Les progrès de la science et de la
technologie rendent tout cela possible.».
Avec Valérie Tong Cuong, la fête
du travail durerait troi-cent-soixante-cinq
jours par an. Son livre brillant, qui est aussi
une fine étude des mœurs bureautique,
fait, lui, travailler nos méninges. En
attendant le Grand Soir cool.
Fabrice
Gaignault - mai 2003
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