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«Ferdinand travaille trop.»   
VTC   

Chaque pore de ma peau devine que le danger approche.
  Le Magazine Littéraire


«Avancer, progresser. Toujours faire plus et faire mieux», martèle le héros du dernier livre de Valérie Tong Cuong.

Credo qui pourrait tout aussi bien être attribué à cette dernière, écrivain de jour (elle a publié Gabriel, Big, et Où je suis), musicienne de nuit (elle est la chanteuse du groupe QUARK) et mère de famille à plein temps.

Brillant diplômé récemment engagé dans une multinationale de cosmétiques, Ferdinand cumule les atouts : méconnaissance de son charme, intelligence fulgurante, perspectives de carrière élevées. L’avenir de ce manitou de la rationalisation-expansion au look délicieusement suranné s’annonce donc radieux. Mais l’avide Joséphine est résolue à ne pas laisser filer l’oiseau rare. La manipulatrice va ainsi l’envoûter s’immiscer dans sa vie et l’enchaîner à elle ; jusqu’au jour où le jeune homme, écœuré par l’automate sans rêves qu’il est devenu, fait sauter les verrous de son propre système pour reconquérir sa liberté.

Le quatrième livre de Valérie Tong Cuong, iconoclaste en matière de critères censés définir une « vie réussie », poursuit son exploration de la solitude moderne, de la difficulté d’être confronté à soi. Ainsi les éléments susceptibles de faire écran, qu’il s’agisse de l’entreprise ou du couple, sont les bienvenus ; quitte à sombrer dans le pur mécanicisme.

Roman ambitieux aux multiples facettes, Ferdinand et les Iconoclastes est une satire sociale de l’univers de l’entreprise aussi bien qu’une histoire d’amour en suspens. Mais c’est surtout une fable originale sur la déshumanisation, l’instrumentalisation et la dépossession de soi.

Valérie Tong Cuong offre ici davantage que les qualités d’imagination qu’on lui attribuait déjà : elle rend compte sans s’essouffler d’une formidable ascension sociale sur dix années d’existence, accompagnée de dégringolades intérieures et suivies d’un réveil et d’une métamorphoses tardifs. Et le réalisme dont elle fait preuve, manquant quelque peu de cette poésie à laquelle son personnage aspire justement, nous conduit néanmoins avec sûreté au cœur de la morale à tirer de ce conte : le cœur de Ferdinand lui-même.

Jessica Nelson


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