Les livres
font souvent de bons émissaires.
Certains s’en servent pour régler
des comptes. D’autres préfèrent
y glisser de troublants messages. Valérie
Tong Cuong est de cette race.
Et, devinant l’impasse dans laquelle notre
monde met les pieds, elle profite de la liberté
du roman pour renverser ses piètres valeurs.
Le jour où Ferdinand pousse la porte
du challenger des cosmétiques mondiaux,
son imper élimé sur les épaules,
personne n’imagine l’ascension fulgurante
qui l’attend. Quand ses collègues
se pavanent dans les bars en vogue, il converse
fiévreusement sur la Toile. En apnée
la semaine, il ne souffle qu’aux commandes
de son petit avion.
Aucun doute, ce curieux météore
au charme décalé tranche dans
le décor. Mais Ferdinand est un intuitif
doublé d’un analyste hors-pair.
Un idéaliste, aussi. Lorsqu’il
arrive en haut de l’échelle sociale,
son bilan lui fait mal : il «a grandi
sans enfance, s’est marié sans
amour et survit sans plaisir». Pour se
sauver, il doit œuvrer à l’épanouissement
de l’homme.
Satiriste inspirée, Valérie Tong
Cuong chambre d’une plume rapide et affûtée
la toute-puissante philosophie de l’entreprise
et esquisse l’ère des loisirs à
venir.
Une fable visionnaire brillamment menée,
qui sonne diablement juste à l’heure
où John Thornton, président de
Golman Sachs, fait trembler le cercle des boursicoteurs
en annonçant sa démission et sa
reconversion comme professeur en Chine.
Jeanne
de Ménibus - 12 avril 2003
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