L’utopie
entre patience et destin.
Surprenant
roman de Valérie Tong Cuong : voici
le livre de toutes les dénonciations
du monde pseudo moderne. Implacable.
On n’aurait
jamais cru la farouche Valérie Tong Cuong,
l’auteur de Big et Où
je suis, capable de nous offrir pareil
roman sur la fin du monde capitaliste et la
révolution du travail par la technologie
la plus sophistiquée.
Et pourtant voici que paraît, pas forcément
au mauvais moment, Ferdinand et les Iconoclastes :
quelle mouche a piqué Valérie
la musicienne, Valérie la cruelle ?
Ce mot de Sartre, peut-être, qu’elle
a placé en exergue : «Il
n’existe toujours pas de théorie
marxiste de la révolution et de l’état
révolutionnaire dans un pays développé».
Bien vu. Sartre est mort trop tôt pour
savoir que cette théorie allait exister
et que c’est Ferdinand, le héros
de Valérie Tong Cuong, qui allait l’inventer.
Délivrer les hommes du travail, leur
offrir une société de loisirs,
«oui, imagine une société
dans laquelle l’homme, libéré
de ses contraintes, se préoccupe principalement
d’éducation, de culture, de loisirs»
dit-il.
Le robot
Gillespie.
Les iconoclastes, ce sont les amis décalés
de notre Ferdinand devenu président worldwide
d’une firme de cosmétiques (HBMB :
health, beauty, mind and body), notamment un
informaticien un peu fou et qui est surnommé
Dizzy car il s’adonne au jazz à
ses heures. C’est avec eux que Ferdinand
va révolutionner le monde et inventer
le robot parfait, Dieu technologique descendu
sur terre et répondant bien évidemment
au nom de Gillespie !
Le roman de Valérie Tong Cuong, dont
il est difficile de dire plus de l’aventure,
sans en retirer le suspense au lecteur médusé,
est tissé de cette ascension d’un
gentil french businessman affublé d’une
non moins arriviste et people épouse
(JJ) en même temps que ces dérapages
existentiels qui rendent finalement Ferdinant
plus proche des poètes utopistes que
des capitaines d’industries vivant de
stock-options et de cours de la Bourse.
Pour
l’amour de Mélissa.
Et puis il y a Mélissa, le bras droit,
la secrétaire modèle, l’amoureuse
transie qui n’ose pas le dire, la Pénélope
qui use sa vie dans le travail et des amours
décevantes. Mélissa qui finira
par trouver le chemin du cœur de son Ferdinand
quand la catastrophe finale aura enfin rompu
toutes les amarres.
Moins dure est la chute : «Dans sa
main, Ferdinand sentit celle de Mélissa.
Boucles souples, yeux clairs, bras ronds. Lèvres
pâles et chaudes. Tant d’années,
et enfin.»
La fable a la chair de tous nos rêves.
Ferdinand s’envole, dans tous les sens
du terme, vers des horizons inouïs où
savoir enfin «sa patience et son destin».
Michel
Huvet - 3 avril 2003
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