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«Ferdinand travaille trop.»   
VTC   

Chaque pore de ma peau devine que le danger approche.
   Portrait paru dans Air France Magazine


Sept questions-réponses pour faire le tour du monde d’un artiste. Ce mois-ci, incursion dans le double univers de l’écrivain et chanteuse Valérie Tong Cuong, présente avec Ferdinand et les iconoclastes, son quatrième roman, et Sombre extase, le troisième album du groupe Quark.

Née pour voyager, voyager pour renaître pourrait être la devise de Valérie Tong Cuong. Explorer sa planète intérieure en même temps que la Terre : de ce double défi, elle a fait un double outil de connaissance. Qu’elle manie en avançant sur la double voie/voix de la littérature et de la musique. Ce mois-ci, la voix de la chanteuse s’exprime sur les plages de Sombre extase (Naïve), le troisième album du groupe Quark ; celle de l’écrivain dans les pages de Ferdinand et les iconoclastes (Grasset), son quatrième roman. Avec elle, forcément, notre questionnaire «Le monde selon…» devient «Les mondes selon…»

Enfant d’une famille modeste, mais qui «dépensait sans compter pour les livres», Valérie Tong Cuong s’abreuve de Balzac, Proust ou Zola, avant de dévorer les écrivains de la route comme Kerouac, et ceux de la quête d’identité, Camus, Genet... À 15 ans, mue par l’urgence de s’arracher à ses racines, elle part à l’aventure et, de fugue en errance, se retrouve à Genève, plus tard en Amérique du Sud, à Moscou, aux États-Unis. Revient pour des études de lettres et de sciences politiques, repart... En ces années 1980, les routes musicales longeant son périple sont celles de la rébellion bien sûr, les Clash, les Sex Pistols, mais aussi celles de musiciens «porteurs d’histoires», Gainsbourg d’abord et surtout, mais aussi Bowie et les maîtres du jazz. Un parcours hors des sentiers battus, parfois «chaotique», mais qui lui a fait comprendre qu’un «être libre est un être de choix».

Après des escales dans le journalisme et la publicité, elle passe de l’autre côté du miroir, avec un premier roman en 1997 et le premier album du groupe Quark en 1999. Désormais, un mari musicien et deux enfants l’accompagnent sur sa route. Pendant que de nouveaux sons et personnages viennent baliser sa traversée artistique.

Q: Comment avez-vous découvert les mondes de la littérature et de la musique ?
A: J’ai appris à lire très tôt et, aussitôt, j’ai dévoré toutes sortes de livres. Élevée par des parents pleins d’amour mais stricts, la lecture, puis bientôt l’écriture, étaient mes seuls espaces de liberté. Vers 9-10 ans, j’ai vécu une passion pour Zola, dont l’engagement dans l’affaire Dreyfuss me fascinait. J’ai commencé à écrire au même âge, une activité secrète, solitaire, qui m’a permis de bâtir un monde caché, mais très peuplé, de personnages, de héros... Et, bien sûr, d’exprimer mes doutes, mes difficultés, ma différence par rapport à ce que mes parents voulaient faire de moi : une première de la classe dans la norme. À l’adolescence, j’ai trouvé dans la musique un véritable complice d’évasion et, plus tard, un compagnon de route. Je ne voulais qu’une chose : partir, partir, qu’importe la destination! Gainsbourg, les punks, la soul américaine ont donc été le fond sonore de mes errances.

Q: Quel est votre itinéraire dans le monde de la littérature ?
A: Je n’ai jamais arrêté d’écrire secrètement. Pendant longtemps, j’ai mené une double vie : le jour, je travaillais, je parlais «comme tout le monde». Et la nuit, je passais à un autre univers, un autre langage, seule avec l’ordinateur, pendant que mon mari musicien répétait en studio. C’est lui qui m’a surpris une nuit devant l’écran et qui a tout déclenché. Car, dès qu’il a lu mon texte, il ne m’a plus lâchée pour que je présente mon manuscrit à un éditeur, ce qui était pour moi une démarche inconcevable. Aujourd’hui j’en suis à mon quatrième roman. J’ai toujours gardé la même ligne, loin des courants et de cette mode de l’autofiction. Dans mes précédents livres, j’ai mis en scène une obèse, un travesti, une psychopathe... Personnages qui m’ont permis, à travers leur étrangeté, d’exprimer mes interrogations sur les sentiments, sur la solitude, sur le sexe. Le héros de mon dernier roman est l’un de ces dirigeants qui façonnent la planète. Arrivé au sommet de la pyramide, il prend conscience des dérapages du système, de cette folie qui couve partout et, dès lors, n’a qu’un but : changer le monde.Et il va trouver la solution ! Il s’agit d’un roman engagé, idéologique, mais aussi d’action avec, comme dans mes autres livres, une structure cinématographique : lorsqu’on change de chapitre, on change de lieu, d’univers, de rythme...

Q: Et dans le monde de la musique ?
A: En même temps que ce roman sort le troisième disque du groupe Quark. Au début, les deux autres musiciens m’avaient demandé d’écrire des textes. Un jour, François, le batteur et le sorcier du son, m’a lancé: “Pourquoi ne pas les chanter?” Et je l’ai fait. Ensuite, nous avons commencé également à composer ensemble. Nous sommes trois, mais au gré des séances, d’autres se joignent à Quark. Sur Sombre extase, il y aura un bassiste new-yorkais, un bassiste irlandais, un chanteur iranien. À la différence des deux premiers albums, Quark et Manga, très électro, celui-ci a un son plus rock.

Q: Quelles sont les capitales de votre planète littéraire et musicale ?
A: Paris, Londres, New York. Plus que des capitales, elles sont comme trois parties émergées d’un iceberg de nouvelles idées, entre lesquelles circule un bouillon de culture phénoménal.

Q: Vos lieux et sources d’inspiration ?
A: La rue avant tout. Et partout. J’ai beaucoup voyagé et je continuerai, j’espère. Où que je me trouve, je crée facilement un lien de confiance avec les autres, peut-être parce qu’ils me sentent attentive. Je m’intéresse à ceux que je croise, à leur histoire, leurs fractures, leurs expériences.

Q: Vos prochaines escales ?
A: L’inspiration va-t-elle durer ? Je m’imagine difficilement vivre sans écrire. Pour l’instant, comme à chaque fois, les personnages du dernier livre sont encore avec moi. Mais je veux explorer d’autres formes littéraires, celle de la nouvelle plus particulièrement. En musique, j’ai envie d’écrire aussi pour d’autres. Tout en continuant avec Quark. Car nous avons acquis une certaine maturité en tant que groupe, un son qui n’appartient qu’à nous.

Q: Où vont les mondes de la littérature et de la musique ?
A: Le monde de la musique va toujours vers plus de mélange. C’est la sono mondiale! Il y a en ce moment u nretour du rock organique, mais aussi des textes, des vraies chansons. Quant à la littérature, c’est l’être mouvant par excellence. Elle s’ouvre de plus en plus à tous les genres, toutes les formes, tous les discours. Hélàs, beaucoup d’enfants aujourd’hui n’y accèdent que d’une manière superficielle. Ma conviction est que le rôle de notre génération est de transmettre l’art de lire.



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