A l’heure où la France vient de
connaître une nouvelle détérioration
des chiffres de l’emploi paraissent les
conclusions d’une étude statistique
à très grande échelle menée
ces dernières années en Nouvelle
Zélande.
(Journal
of Epidemiology and Community Health. Aout 2003)
Portant
sur plus de 2 millions de personnes, elle démontre
que le risque relatif de mettre un terme à
ses jours est deux à trois fois plus
élevé chez le chômeur que
chez l’actif.
Surtout, elle suggère que la dépression,
l’alcoolisme et autres maladies mentales,
fréquemment associées à
l’inactivité, ne suffisent pas
à expliquer la plus grande fragilité
des chômeurs.
Esquissé il y a plus d’un siècle
par Durkheim, le lien suicide-chômage
fait régulièrement l’objet
de débats passionnés. Il y a une
dizaine d’années, des statistiques
rassemblées par le sociologue Louis Chauvel
démontraient que le taux de suicide,
relativement bas pendant les 30 Glorieuses,
s’est mis à progresser dans le
milieu des années 70 selon une courbe
parallèle à celle du chômage.
Nuance à ce constat, l’INED a enregistré
au cours de la dernière décennie
une baisse significative du taux de suicide
(10250 en 99 contre 12000 six ans plus tôt)
alors même que la situation économique
continuait à s’aggraver. (…)
En fait, il semblerait que le risque relatif
de se suicider après la perte d’un
emploi varie dans le temps.
C’est ce qu’explique le Dr Xavier
Emmanuelli, président du SAMU social.
«En côtoyant des personnes confrontées
à des accidents de la vie, on se rend
compte qu’elles traversent plusieurs phases
engendrant des réactions fort différentes.
Dans un premier temps elles se révoltent
contre le tort qui leur a été
fait par la société et ne songent
pas à se faire du mal.
Si les choses ne s’arrangent pas, elles
en viennent ensuite à se déprécier
et se mettent en situation d’échec
: c’est à se stade que le risque
de suicide est le plus important.
Enfin, elles finissent par assumer leur marginalité,
deviennent incapables de se révolter
et ne parviennent plus à se projeter
dans l’avenir. C’est le cas de nombreux
sans-domicile, chez qui le suicide devient,
du coup, un phénomène rarissime.»
Extraits
d’un article de Cyrille Louis publié
dans le Figaro le 5/08/03
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